Sami Tchak aurait pu intituler son roman, Filles de l’apocalypse, tant le monde qu’il y décrit est sombre, à la limite crépusculaire. L’argument du roman est assez simple: un écrivain, Djibril Nawo, togolais exilé en France, comme l’auteur, voyage en Amérique latine et plus particulièrement à Mexico et à Bogota où il ne dédaigne pas les amours vénales, s’embarque dans de longues déambulations dans les quartiers chauds de ces deux cités tentaculaires dont la mauvaise réputation est tout à fait fondée, ce qui pour un romancier comme Sami Tchak est un gage d’humanité. Mais il faut écrire vite ce mot d’humanité, l’écrire puis l’oublier. Sami Tchak est un enfant des calamités, le sombre rejeton d’un monde vomi, le survivant d’une Afrique dévastée par le Sida et les guerres civiles. Entendons-nous, quand je dis Afrique, je n’exclus aucun pays, et surtout pas le mien! Disons que Sami Tchak n’a pas digéré le Rwanda; il se veut donc l’Archange de ce monde post-apocalyptique, l’annonciateur des temps nouveaux, le prophète dévoyé d’un monde sorti de ses gonds. L’écriture de Tchak est le message de cette folie, l’inscription schizophrène sur les remparts de Babylone-Mexico, ce village planétaire où cavalent des chiots enragés. Serait-il exagéré de dire que Sami Tchak est à la fois le Céline et le Sade de la littérature française actuelle? Il faut lire ce roman imaginé par un fou et écrit par un maître de la langue: et pardon pour ce dernier mauvais jeu de maux!
Sami Tchak, Filles de Mexico, Mercure de France, 183 pages, mars 2008.


