Nous marchons dans le vieux Tripoli sous le soleil. Il paraît que le pays s’entrouvre. Sur le mur de la citadelle, un panneau annonce en arabe : « nous sommes heureux de vivre à l’ère du guide suprême ». Le Cyclope a encore de beaux jours devant lui. Robinson me quitte. Il s’en va entre les ruelles de Tripoli. Je le perds de vue près d’une échoppe où travaille un dinandier. Charme certain de la ville, un peu comme dans une bande dessinée de Corto Maltese. La lumière est douce, comme une vieille connaissance, et bleue, comme une orange. Je m’arrête près d’un minaret ancien, du dixième siècle. On dirait un phare. Il est percé de meurtrières où s’écoule le chant du Muezzin. C’est l’heure de la prière, je crois. J’entre dans la mosquée, m’agenouille sur la tapis. Mon âme est vide et mes mots sont insensés. Ils s’écument dans le clair-obscur en chant sauvage. Je dévore ma douleur et mes larmes. Je les bois. Elles sont amères, je les vomis, là, sur le tapis, dans le nocturne de l’âme. Je vomis ce monde comme un marin après une mauvaise cuite.
Amours et Aventures de Sindbad le Marin, Salim Bachi, éditions Gallimard, septembre 2010.

Salut
Une édition poche est-elle prévue prochainement pour ce roman?
Salutations chaleureuses et amicales
Salut. Non pas encore. Mais je vous ferai signe si cela se fait. Merci pour tout.