Pour ne pas déroger à la règle, Amours et aventures de Sindbad le Marin, roman publié chez Gallimard en septembre 2010, a été un interdit à la vente en Algérie, censure qui ne dit pas son nom, mais qui a le mérite, elle, d’être particulièrement efficace puisqu’elle prive les lecteurs algériens de tout accès à mes romans. Depuis Le Chien d’Ulysse, publié en janvier 2001, toujours chez Gallimard, mes livres ont systématiquement été interdits à l’importation en Algérie. Officiellement, il n’y a aucune censure exercée à mon endroit. J’ai d’ailleurs été, officieusement cette fois, invité à participer à la dernière édition du SILA (Salon International du Livre d’Alger), en l’absence de mes oeuvres… Invitation que j’ai déclinée, bien entendu. Comme je trouve particulièrement injuste de priver les lecteurs algériens de ce qui dérange l’ Etat algérien dans mes romans, j’ai décidé, sur ce blog, de publier les extraits de mes livres qui froissent mes chers censeurs qui se cachent derrière un voile de “pudeur” commercial.
Commençons par Amours et aventures de Sindbad le Marin:
“Après mon épisode libyen, j’étais revenu à Carthago où le pied à peine posé sur le sol, j’avais été jeté en prison, mis au pain sec et à l’eau.
Que me reprochait-on ?
D’avoir empoisonné le président à vie de Carthago, Chafouin Ier. un couscous ingurgité un soir en compagnie de militaires d’un clan rival fut, selon des sources bien informées, la cause de ce drame, imputé – à tort – à ma personne.
Lorsque Chafouin Ier, président à vie, eut avalé son dernier pois-chiche, il entra dans d’horrifiques spasmes et douleurs dignes des enfers puis régurgita le couscous, les boulettes de viande, les légumes divers et avariés et aussi une partie de son estomac. Devant l’avalanche viscérale, couvert de sang et de vomi, on le poussa dans un jet privé qui le transporta en France, au Val de Grâce, dans la gueule du loup en quelque sorte si l’on songe que Chafouin Ier s’emportait la veille encore contre l’ancienne puissance coloniale et demandait aux instances internationales de sanctionner la vieille putain de France qui avait autant torturé d’Algériens que l’Algérie indépendante et populaire ce que ne supportait pas Chafouin Ier, roi des Belges d’Afrique du Nord.”
Extrait d’Amours et aventures de Sindbad le Marin, gallimard, 2010.

… Pourtant j’irai la semaine prochaine parler de ton livre à Oran!
Oui, mais tu l’as acheté en Algérie? et tu vas en parler où, à la fac?
Non! je l’ai acheté à Paris et j’en parlerai à l’Université d’Oran dans un colloque sur “Le roman algérien de 1990 à nos jours : faits et témoignages dans les écritures fictionnelles.” Si Mahomet ne va pas à la montagne…
C’est bien le problèmes, mes livres les plus récents sont interdits à la vente en Algérie. Donc une forme de censure. Merci d’en parler en tout cas.
Je ne comprends pas pourquoi tes livres sont censurés alors qu’il y a d’autres écrits tout aussi percutents et critiques et qui circulent! mais bon! Tu devrais peut-être solliciter un éditeur algérien qui puisse faire une bonne promotion de tes livres et en assurer la diffusion. Il y a Barzakh et un autre bon édiiteur à Oran justeme nt chez qui publie Rachid.
Il y a peut-être aussi des vérités dans tes livres qui dérangent comme cette phrase du Chien d’Ulysse que je vais citer et qui est d’une actualité : “(…) il rendait espoir à un pays rongé par les scandales, à la dérive et corrompu par une hiérarchie militaire dont le but était de le saigner à blanc” (p.243)!! et si tu voyais notre dérive à nous, en Tunisie avec la montée des intégristes… C’est ce que j’appelle aller de charybde en Scylla. nous nous sommes affranchis d’une dictature pour tomber sous une autre, beaucoup plus sournoise…